Constat général
Les données nationales indiquent une augmentation des prescriptions et de la consommation d'antibiotiques en ville en 2024 par rapport à 2023. Le nombre de prescriptions a dépassé 860 prescriptions pour 1 000 habitants sur l'année, soit une hausse d'environ 4,8 % par rapport à 2023. La consommation, exprimée en Doses Définies Journalières (DDJ) pour 1 000 habitants et par jour, a atteint 22,1 DDJ/1 000 habitants/jour, soit une augmentation d'environ 5,4 %.
Chiffres clés
- Plus de 860 prescriptions pour 1 000 habitants ont été enregistrées sur l'année.
- La consommation a atteint 22,1 DDJ pour 1 000 habitants par jour.
- Environ 40 % de la population reçoit au moins une prescription d'antibiotiques par an.
- La cible fixée par la stratégie nationale est de 650 prescriptions pour 1 000 habitants par an.
- Sur un plan comparatif européen, la France figure parmi les pays ayant une consommation élevée d'antibiotiques.
Évolution récente
Depuis 2014, la tendance générale observée était à la baisse, avec une baisse marquée en 2020 au début de la pandémie de Covid-19. Les années 2021 et 2022 ont vu une reprise de l'usage des antibiotiques liée au retour des infections hivernales. L'année 2023 avait montré un léger recul, non confirmé en 2024, où les niveaux retrouvés sont comparables à ceux antérieurs à la pandémie.
Répartition par prescripteurs, âge, sexe et territoire
Les médecins généralistes représentent la majeure partie des prescriptions en médecine de ville (75,6 % du volume total) et ont augmenté leurs prescriptions de 6,2 % en 2024. Les spécialistes ont augmenté leurs prescriptions de 1,5 %. Les chirurgiens-dentistes ont vu leurs prescriptions rester stables (-0,2 %).
Chez les enfants de 0 à 4 ans, les prescriptions se sont globalement stabilisées en 2024 à un niveau légèrement inférieur à celui de 2019, avec une hausse au troisième trimestre liée à des épisodes épidémiques saisonniers. La consommation a augmenté chez les personnes âgées. La consommation demeure plus élevée chez les femmes que chez les hommes.
Des disparités territoriales sont observées, avec des niveaux de consommation plus élevés dans certaines régions (notamment la Corse et la Provence-Alpes-Côte d'Azur) et plus faibles dans d'autres (Bretagne, Auvergne-Rhône-Alpes, Pays de la Loire).
Facteurs explicatifs avancés
Parmi les hypothèses avancées pour expliquer le rebond observé en 2024 figurent des épidémies saisonnières hivernales (grippe, bronchiolite), majoritairement d'origine virale mais susceptibles d'entraîner des prescriptions d'antibiotiques. Le retour à une activité de consultations plus habituelle après les contraintes sanitaires est également considéré comme un facteur contributif. D'autres facteurs évoqués incluent des différences de pratiques médicales, l'accès aux soins et la structure démographique de certaines régions.
Enjeux de santé publique
La réduction de la consommation d'antibiotiques est un objectif des autorités sanitaires pour limiter l'apparition et la diffusion de bactéries résistantes. L'antibiorésistance réduit l'efficacité de traitements et est reconnue comme une menace de santé publique. Des infections bactériennes multirésistantes et hautement résistantes sont signalées et sont associées à une mortalité accrue.
Mesures et recommandations pour limiter l'usage inadapté
Les mesures recommandées pour réduire les prescriptions inappropriées et freiner l'antibiorésistance comprennent :
- le respect des indications antibioticothérapiques, en réservant l'antibiotique aux infections d'origine bactérienne ;
- l'application des recommandations visant à réduire la durée des traitements pour certaines infections courantes ;
- la promotion des tests de diagnostic rapide lorsque pertinent (par exemple pour l'angine ou la cystite) ;
- le renforcement de la sensibilisation des prescripteurs et des patients sur l'antibiorésistance ;
- l'encouragement à l'observance des traitements prescrits et au retour des médicaments non utilisés en pharmacie ;
- l'adaptation des actions de prévention et d'information en fonction des populations et des territoires.
Perspectives
La maîtrise de la consommation d'antibiotiques, en ville comme à l'hôpital, constitue une composante d'une stratégie nationale visant à limiter l'émergence et la diffusion de bactéries résistantes. Des recherches se poursuivent pour développer des approches thérapeutiques alternatives et améliorer les outils diagnostiques afin de mieux cibler les traitements.








