Contexte
Des personnels de santé déplacés provenant d'El-Facher, une ville du Darfour, ont établi des structures de soins dans un camp d'accueil à Al-Dabbah, dans le nord du Soudan. La prise d'El-Facher par les Forces de soutien rapide (FSR) à la fin octobre a provoqué l'exode de plus de 100 000 personnes après un siège de dix-huit mois. Le conflit, débuté en avril 2023, a entraîné des dizaines de milliers de morts et le déplacement de millions de civils, selon les bilans cités par les organisations internationales.
Le camp d'Al-Dabbah
Le camp, établi sur 14 hectares dans une zone agricole proche du Nil et placé sous contrôle militaire, a été financé par un homme d'affaires soudanais. Il accueille des centaines de familles logées dans des tentes, certaines équipées de lits, d'autres de nattes en plastique posées au sol. Le camp dispose de latrines collectives et de cuisines où sont distribués des repas gratuits. Des préparations alimentaires collectives y sont organisées, tandis que l'approvisionnement en eau s'effectue en grande partie par transport manuel.
Cinq tentes ont été aménagées en cliniques rudimentaires, comprenant des espaces utilisés comme pharmacie, laboratoire, salles d'hospitalisation et unités de soins de courte durée. Du mobilier de fortune, comme des chaises en plastique, remplace les équipements manquants. Des ambulances venues de la ville d'Al-Dabbah, située à 20 km au nord, servent également de cliniques mobiles.
Organisation des soins et personnel
Des médecins, pharmaciens, infirmiers et autres soignants déplacés d'El-Facher travaillent dans ces structures. Parmi eux, la docteure Ikhlass Abdallah et une soixantaine de soignants ont rejoint le camp. Les équipes signalent des conditions de travail difficiles mais considèrent indispensable la poursuite des soins.
Sur les itinéraires de déplacement, les soignants ont rapporté avoir prodigué des soins de manière clandestine pour éviter d'être repérés par des groupes armés. Ils ont expliqué qu'identifier un individu comme professionnel de santé pouvait exposer à des risques de mort, de captivité ou à des demandes de rançon, ces dernières étant rapportées comme plus élevées pour les personnes perçues comme soignantes.
Pathologies et capacités de prise en charge
Les pathologies observées de manière récurrente parmi les déplacés comprennent des infections respiratoires et intestinales, des diarrhées, ainsi que des maladies de la peau et des yeux, selon le volontaire Ahmed Al-Tijani de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Le camp a accueilli plus de 150 femmes enceintes ou allaitantes, certaines ayant accouché pendant leur déplacement après plusieurs jours de marche.
Les équipes médicales signalent une insuffisance des ressources et l'absence de capacités pour des soins spécialisés requis par certains patients. Les structures locales prennent en charge les consultations et les soins de première ligne, tandis que des cas nécessitant une prise en charge spécialisée demeurent difficiles à transférer.
Attaques contre les structures médicales
Les organisations internationales ont documenté des attaques ciblant les établissements et le personnel de santé. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un bilan indiquant qu'environ 1 200 soignants ont été tués dans 285 attaques contre des structures médicales depuis le début du conflit en avril 2023. L'OMS a également dénoncé plusieurs attaques contre la maternité de l'hôpital d'El-Facher, affirmant que plusieurs centaines de patients et de soignants y ont été tués au cours d'un mois. Des soignants ont décrit des attaques directes, dont des frappes signalées à l'hôpital, et des conséquences graves sur la possibilité d'assurer des soins.
Effets sur le système de santé et appels humanitaires
Le conflit a entraîné une dégradation importante des services de santé et une réduction des capacités hospitalières dans les zones affectées. Après un déplacement sur le terrain, le chef des affaires humanitaires de l'ONU, Tom Fletcher, a déclaré que l'ampleur des besoins humanitaires était importante et a appelé à renforcer le système de santé en complément des interventions sur le logement, la nourriture, l'assainissement et l'éducation.
Les équipes sur place continuent d'assurer des soins basiques et la prise en charge des urgences dans les limites des moyens disponibles, tandis que des besoins médicaux spécialisés et des ressources supplémentaires restent signalés comme prioritaires.








