Contexte
En octobre 2024, les organisations non gouvernementales Bloom et Foodwatch ont publié les résultats d'analyses réalisées sur 148 boîtes de thon en conserve par un laboratoire indépendant. Selon ces analyses, toutes les boîtes testées contenaient du mercure. Le mercure est classé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) parmi les substances chimiques préoccupantes pour la santé publique.
Décision des collectivités
Le 28 août 2025, huit municipalités françaises — Bègles, Grenoble, Lille, Lyon, Montpellier, Mouans‑Sartoux, Paris et Rennes — ont annoncé la suppression temporaire des produits à base de thon des menus de leurs cantines scolaires. Les collectivités indiquent que cette mesure vise à réduire l'exposition des enfants au mercure et qu'elle restera en vigueur tant que la limite maximale de mercure autorisée pour le thon ne sera pas révisée selon le niveau qu'elles jugent acceptable.
Arguments et données chiffrées
Les municipalités se réfèrent aux résultats des ONG et aux notions de dose hebdomadaire tolérable (DHT) pour justifier leur décision. Elles soulignent que l'exposition répétée au mercure peut affecter le système nerveux et le développement neuronal des enfants. Le communiqué des municipalités mentionne des conséquences possibles, notamment une baisse du quotient intellectuel, des troubles neuromoteurs, des troubles du comportement et des troubles de la mémoire.
Selon Bloom, pour plus d'une boîte sur deux testée, la teneur en mercure dépassait 0,3 mg/kg, valeur de référence appliquée à d'autres espèces de poissons comme le cabillaud ou l'anchois. La réglementation européenne fixe pour le thon une limite distincte de 1 mg/kg, cette valeur étant calculée sur le produit frais. L'ONG a estimé que, en conserve, cette limite reviendrait à une teneur d'environ 2,7 mg/kg en raison de la concentration liée à la déshydratation du produit ; cette estimation est présentée comme une conversion méthodologique et non comme une valeur réglementaire.
Une pétition en ligne liée à ces annonces avait rassemblé plus de 56 000 signatures au 28 août 2025.
Réactions de la filière et critiques
La Fédération des industries d'aliments conservés (Fiac) a contesté l'enquête des ONG, estimant les résultats alarmistes et affirmant que les produits commercialisés respectent la réglementation française et européenne. Les municipalités ont répondu en appelant les autorités nationales et européennes à réviser les normes applicables au thon.
Demandes formulées par les municipalités
Les huit collectivités demandent au gouvernement français et aux représentants nationaux à Bruxelles d'œuvrer en faveur d'un abaissement de la limite maximale de mercure pour le thon jusqu'à 0,3 mg/kg, valeur appliquée à d'autres espèces. Elles proposent aussi d'interdire, au niveau national, la commercialisation de produits à base de thon dépassant ce seuil, en attendant une évolution des normes européennes.
Suites possibles
Ces annonces ouvrent un débat sur l'application du principe de précaution dans les approvisionnements de la restauration collective et sur la concordance entre limites réglementaires, méthodes d'échantillonnage et formes commerciales des produits (frais, transformés, en conserve). Elles devraient entraîner des échanges entre collectivités locales, ministères concernés, instances européennes et acteurs de la filière pour examiner les modalités de contrôle, de surveillance et d'éventuelles évolutions réglementaires.